Année 2011

Revue de presse du 1er au 31 Juillet 2011

SOLIDARITE – INITIATIVES LOCALES

Nord – LILLE

Le père Arthur fait le point sur la situation des Roms

nordeclair.fr - jeudi 21 juillet 2011

Un an après le tour de vis sécuritaire du gouvernement envers les Roms, le père Arthur revient sur son combat à leur côté, à Lille.

Après l’été dernier, une seule évacuation dans le Pas-de-Calais a été effectuée en mai, et les cinq familles, extradées vers la Belgique, sont revenues s’installer au même endroit. La situation s’est « globalement améliorée », et la communauté urbaine ne fait plus de demande d’expulsion. Côté intégration, la scolarisation des enfants s’est répandue dans plusieurs communes autour de Lille, mais reste « minoritaire », avance le père Arthur. Les Roms adultes, dit-il, lorsqu’on leur donne l’occasion de travailler, démontrent une force de travail peu commune (pour Emmaüs, par exemple). En septembre, ils pourraient « en principe » travailler légalement, c’est ce qu’ils souhaitent tous. Le regard a évolué, grâce aux associations créant un terrain de réflexion et apportant l’aide et l’humanité dont ces familles ont besoin.

Soutien au père Arthur : La Pierre blanche, 109, rue de La Bassée à Lille.

Pays de la Loire – NANTES

Un toit pour deux familles Roms - Le Pellerin

Ouest-France - mercredi 20 juillet 2011

Le Pellerin. Rue du Champ d’Armée et rue du Château, deux familles Roms prennent leurs marques dans des maisons acquises par Nantes Métropole, et prêtées à la commune. Après un séjour d’un an et demi à Indre, ces deux familles ont été choisies pour leur parcours d’intégration exemplaire. Le toit au-dessus de leurs têtes reste cependant fragile : les maisons sont à leur disposition, en attendant « leur destruction dans le cadre du projet d’urbanisation prévu entre ces deux rues », précise Martine Broussard, adjointe à l’action sociale. En attendant, le travail reste une priorité pour les habitants des deux maisons. Vijai, un des pères de famille, a travaillé chez des maraîchers, et participé à une collecte de bouchons de bouteille pour financer l’achat de fauteuils roulants pour handicapés.

JUSTICE/FAITS DIVERS

Haute-Garonne - TOULOUSE

Liberation.fr - 05/07/2011

Expulsion en pleine nuit à Toulouse

Dans la nuit du lundi au mardi 5 juillet, plusieurs familles de Roms, avec des enfants en bas âge, ont été expulsés d’un bâtiment délabré rue du Féréta. Motif : « effraction », « flagrant délit d’occupation illégale », avance Habitat-Toulouse, qui a fait appel à la police pour faire vider les lieux. L’immeuble délabré serait « un local artisanal en attente de réhabilitation ». Le nombre de personnes se retrouvant ainsi en pleine nuit à la rue diverge selon les sources : le collectif de soutien aux Roms parle de 50 expulsés, le directeur de cabinet du préfet, cité par l’AFP, en dénombre 20.
L’adjointe au maire de Toulouse, Claude Touchefeu, estime que la Ville a fait sa part d’efforts et demande à l’Etat « de prendre ses responsabilités, face à une situation humaine préoccupante pour tous ».

Rhône-Alpes - LYON

Réquisition d’un immeuble pour les Roms

France3.fr – 11 juillet 2011

L’association « Demeurant partout » a porté son choix sur un immeuble du 7e arrondissement de Lyon pour y installer les familles de Roms en ayant besoin : la saison des expulsions des « fins de trêve hivernale » ayant commencé, avec la fermeture de plusieurs centres d’hébergement d’urgence.
La police a tenté d’intervenir pour empêcher leur installation dans l’immeuble, mais a finalement renoncé et a accepté de négocier. Le tribunal administratif de Lyon devrait se saisir de cette affaire.

Comparution des Roms pour réquisition d’immeuble

Lyon-info.fr - samedi 16 juillet 2011

Comme on le prévoyait, les Roms s’étant installés le 6 juillet dans l’immeuble au 63 rue Montesquieu, dans le 7e arrondissement de Lyon, ont reçu sous 7 jours une assignation en référé devant le Tribunal d’instance de Lyon, comme occupants sans droit ni titre. La comparution est prévue le 26 juillet. L’immeuble doit faire place à 18 logements sociaux, une demande de permis de démolir et de construire ayant été déposée à la date du 11 octobre dernier.

EUROPE

HONGRIE

Le retour du STO en Hongrie ?

Rtbf.be (et Die Tageszeitung) - jeudi 14 juillet 2011

Nouveau virage conservateur pour le gouvernement hongrois : Viktor Oban, premier ministre, prévoit de promulguer à la rentrée (déjà 251 vois contre 29 au Parlement) une loi concernant tous ses allocataires. Dès septembre, cette population forcément fragilisée sera mise au travail : des tâches d’intérêt général leur seront imposées, et faute de les remplir, leurs allocations leur seront retirées. L’entretien des parcs et forêts, de gros travaux de construction, le nettoyage des rues, seraient quelques-unes des « activités » obligatoires pour toucher ses aides (avec des allègements pour les personnes diminuées). Ce qui inquiète le plus : des logements prévus à proximité des lieux de travail (jusqu’à 3h du domicile), potentiellement en préfabriqués aménagés : une préfiguration de camps de travail, surveillés par des policiers retraités.
Cette mesure semble viser particulièrement la population Rom, très touchée par le chômage en Hongrie. Le gouvernement prévoit 37 millions d’euros d’économie, en radiant ceux qui refuseraient de se plier au « programme ». Initiateur du projet : le Jobbik, parti d’extrême-droite qui avait déjà traumatisé un camp de Roms en les molestant durant une manifestation au début de l’année. Il aurait pu tirer son inspiration d’une idée de Laurent Wauquiez, qui avait en mai dernier, proposé de faire faire aux bénéficiaires du RSA 5 heures de travail social hebdomadaire.
Force est de constater que la Hongrie n’est pas prête à accepter des conseils émanant de l’Europe. Viktor Oban a déjà fait savoir que Bruxelles ne déciderait en rien pour les suites à prendre concernant la mise en application de la nouvelle constitution en Hongrie.

CONFERENCE DE PRESSE DU 21 JUILLET 2011

Le collectif Romeurope alerte sur la politique française envers les Roms

RFI - 21 juillet 2011

Un an après le « discours de Grenoble » de Nicolas Sarkozy demandant le démantèlement des campements roms et l’expulsion des Roms en situation irrégulière du territoire français, Romeurope, un collectif d’associations de soutien aux Roms, tire le bilan des politiques mises en place depuis un an. Selon ses responsables, le discours n’a fait que renforcer les stéréotypes et les peurs des Français.
Cela fait un an que Nicolas Sarkozy a demandé, dans son « discours de Grenoble », le démantèlement des campements roms et l’expulsion des Roms en situation irrégulière du territoire français. Ce discours musclé sur la sécurité a suscité de vives critiques de la part des associations de défense des droits de l’homme, mais aussi de la Commission européenne et de la presse étrangère.
Climat de xénophobie
Environ 15 000 Roms d’origine étrangère vivent en France depuis une vingtaine d’années. Les 9 500 Roms expulsés l’année dernière n’ont pas modifié ce chiffre puisque la plupart d’entre eux sont revenus en France. Pour Alexandre Le Clève de l’association la Cimade, la politique d’expulsion - médiatisée depuis le discours de Grenoble – a principalement développé un sentiment de peur chez les Français : « Il y a un climat de xénophobie qui est cultivé par ce type de message - à savoir : stigmatiser une population – fait par le président de la République », estime-t-il.
Romeurope revendique l’accès des Roms au droit au travail, que la France leur refuse pour l’instant, souligne pour sa part Laurent El Ghozi, membre fondateur du collectif. « Tous les Roms qui ont une autorisation de travailler se sont intégrés, ont scolarisé leurs enfants, ont trouvé un logement », observe-t-il. « Les Roms ne sont pas un problème. C’est la politique que mène la France qui en fait un problème, délibérément », regrette-t-il.
Maria Petrovici, jeune femme rom, a trouvé la faille dans cette politique de l’empêchement : elle est devenue auto-entrepreneuse. « J’ai pensé que si je ne trouvais pas de travail, j’irais à la Chambre des métiers pour savoir si je peux faire quelque chose. Maintenant, se réjouit-elle, je suis femme d’entretien, je fais le ménage, je suis très contente ». Pour l’instant Maria Petrovici habite dans un campement. Mais grâce à son nouveau statut, elle compte bientôt trouver un logement.

AFP/Le Point – 21 juillet 2011

Un an après le discours de Grenoble du président Nicolas Sarkozy demandant une accélération des reconduites de Roms, "il y a toujours autant" de personnes et de campements, a observé jeudi le collectif Romeurope dénonçant une politique "inefficace, inhumaine et indigne".
Un an après le discours de Grenoble du président Nicolas Sarkozy demandant une accélération des reconduites de Roms, "il y a toujours autant" de personnes et de campements, a observé jeudi le collectif Romeurope dénonçant une politique "inefficace, inhumaine et indigne".
"Sur le terrain, rien n’a changé : on peut donc s’interroger sur les motivations du président de la République", a déploré Laurent El Ghozi accusant le chef de l’Etat de "stigmatiser" des populations "sur une base ethno-raciale" pour ensuite mettre en place "des lois qui restreignent les libertés de tout un chacun".
En désignant dans un même discours les Roms, des "migrants", et les Gens du voyage des "Français soumis à un régime particulier", M. Sarkozy "a introduit un amalgame abusif qui n’est pas le fait de l’ignorance mais d’une volonté de stigmatiser sur une base ethno-raciale une population qu’il faut expulser, exclure de la société française.
Le 28 juillet 2010, le chef de l’Etat a tenu à l’Elysée une réunion sur les "problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms", après les violences survenues à Saint-Aignan (Loir-et-Cher).
Deux jours après, dans un discours musclé sur la sécurité il avait demandé au ministre de l’Intérieur de "mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms" jugés comme "des zones de non-droit qu’on ne peut pas tolérer en France". Il avait fixé un objectif de 300 campements démantelés en trois mois.
Le discours avait trouvé sa traduction juridique dans une circulaire du ministère de l’intérieur qui avait provoqué la colère de Bruxelles, puisqu’elle ciblait expressément une communauté ethnique, dont les membres devaient être expulsés après le destruction de leurs camps. La circulaire a finalement été remplacée.

Roms : un an après, « rien n’a changé »

Liberation.fr – 21 juillet2011

Près d’un an après le tour de vis sécuritaire lancé par le gouvernement, sur le terrain la situation demeure la même, constate le collectif Romeurope.
Souvenons-nous, ce fut le coup de chauffe répressif – et médiatique – de l’été dernier. Le 30 juillet 2010, Nicolas Sarkozy déclarait ouverte, dans son très musclé discours de Grenoble, l’offensive sécuritaire contre les Roms, qu’il amalgamait au passage aux gens du voyage (pour le rappel sémantique, voir ici). En bon soldat, Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, annonçait le démantèlement en trois mois des 600 « camps ou squats » illicites recensés et « la reconduite quasi-immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public » vers la Bulgarie ou la Roumanie.

Depuis, que s’est-il passé ? Rien, ni dans un sens ni dans l’autre, répond un brin fataliste le collectif Romeurope, qui dressait ce jeudi son bilan de l’année. « Il y a bien eu une accélération des expulsions en août et septembre », mais au final, sur l’année, il n’y en a eu « ni plus ni moins qu’avant », a constaté ce groupement d’associations.
Romeurope estime toujours à 15.000 le nombre de Roms migrants présents en France, dont la moitié d’enfants, « un chiffre stable depuis huit-dix ans ». Pourtant, en 2010, comme d’ailleurs en 2009, environ 9500 citoyens roumains et bulgares ont été renvoyés dans leur pays d’origine, selon le ministère de l’Intérieur. Autrement dit, le jeu des allers-retours se poursuit de plus belle. Les Roms, citoyens européens, ont un droit de séjour de trois mois en France, avant d’être expulsables. Reconduits le plus souvent par le biais du « rapatriement humanitaire », qui permet de renvoyer chez eux avec 300 euros en poche les étrangers ayant la nationalité d’un Etat membre de l’Union européenne en situation de dénuement (7000 Roumains et Bulgares en 2010, sur les 9500 reconduits), rien ne les empêche de revenir illico.
Evacuations
Résultat, « il y a toujours autant de terrains occupés, de situations insalubres, de difficultés », résume Laurent El Ghozi, président de la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les tsiganes et les gens du voyage (Fnasat). Seule note positive, « la mobilisation citoyenne née en réaction au discours stigmatisant du gouvernement », qui se manifeste localement par la création de collectifs de soutien.
Mais les évacuations de terrain se poursuivent, comme ce mercredi encore à Bobigny (Seine-Saint-Denis), mais « ni plus ni moins qu’avant ». « 75% des campements illicites ont été démantelés », chiffre l’Intérieur. Sauf que là où un terrain disparaît, un autre renaît un peu plus loin. Une politique « absurde, imbécile et inefficace » martèle Alexandre Le Clève, de la Cimade. « Inhumaine » aussi : harcèlement policier, peur, rupture de la scolarisation des enfants et du suivi des soins à chaque évacuation. Et à la clé une précarisation accrue.
Surtout, rien n’a changé dans l’accès à l’emploi, frein majeur pour les Roms qui, en tant que ressortissants roumains et bulgares, restent soumis aux mesures transitoires d’adhésion à l’UE. Pas de travail possible pour eux sans autorisation préalable, promesse d’embauche au sein d’une liste de 150 métiers, paiement d’une taxe par l’employeur, et carte de séjour. Bref, mission quasi-impossible, surtout s’il s’agit de contrats courts. Or, la France, qui pourrait en théorie lever ces mesures à tout moment, ne devrait pas, sauf surprise, s’y plier avant fin 2013, l’échéance maximale.


Roms : autant d’expulsés mais plus de précarité

Liberation.fr – 22 juillet 2011

Immigration. Un an après l’offensive de Sarkozy, le collectif Romeurope dresse un bilan des évacuations.
Souvenons-nous, ce fut le coup de chauffe répressif - et médiatique - de l’été dernier. Le 30 juillet 2010, dans son très musclé discours de Grenoble, Nicolas Sarkozy déclarait ouverte l’offensive sécuritaire contre les Roms. En bon soldat, Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, annonçait le démantèlement en trois mois des 600 « camps ou squats » illicites recensés et « la reconduite quasi immédiate des Roms qui auraient commis des atteintes à l’ordre public » vers leur pays d’origine (Bulgarie ou Roumanie).
Jeu. Depuis, que s’est-il passé ? Rien, ni dans un sens ni dans l’autre, répond le collectif Romeurope, qui dressait hier son bilan de l’année. « Il y a bien eu une accélération des expulsions en août et septembre », mais au final, sur l’année, il n’y en a eu « ni plus ni moins qu’avant », a constaté ce groupement d’associations. En 2010, comme en 2009, près de 9 500 citoyens roumains et bulgares ont été renvoyés dans leur pays d’origine, selon le ministère de l’Intérieur. Dont 7 000 au titre du « rapatriement humanitaire ».
Seulement voilà, Romeurope estime toujours à 150 00 le nombre de Roms migrants présents en France, dont la moitié d’enfants ; « un chiffre stable depuis une dizaine d’années ». Autrement dit, le jeu des allers-retours se poursuit de plus belle. « Près de 75% des campements illicites ont été démantelés », insiste l’Intérieur. Comme ce mercredi encore, à Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Sauf que là où un camp disparaît un autre renaît un peu plus loin. « Il y a toujours autant de terrains occupés, de situations insalubres, de difficultés », résume Laurent el-Ghozi, président de la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les gens du voyage (Fnasat).
Frein. Une politique « absurde, imbécile et inefficace », martèle Alexandre Le Clève, de la Cimade. « Inhumaine » aussi : harcèlement policier, peur, rupture de la scolarisation des enfants et du suivi des soins lors de chaque évacuation.
Surtout, rien n’a changé dans l’accès au travail, frein majeur pour les Roms qui, en tant que ressortissants roumains et bulgares, restent soumis aux mesures transitoires d’adhésion à l’Union européenne, qui leur ferment de fait les portes de l’emploi. Or la France ne devrait pas, sauf surprise, lever ces mesures avant fin 2013, l’échéance maximale.

Bilan, un an après

le Parisien – 22 juillet

C’était il y a un an. Le 16 juillet 2010, un jeune Gitan de 22 ans est tué par balles lors d’un contrôle de gendarmerie à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), provoquant la colère de la communauté des gens du voyage. Dans la foulée, le président de la République prononce un discours dit de Grenoble où il amalgame la communauté des gens du voyage et les Roms et demande le démantèlement des « camps illicites ».
Dans le Val-de-Marne, d’après l’association Romeurope, 620 Roms ont été expulsés par la police en un an, de terrains situés notamment à Chevilly-Larue, Choisy, Créteil et Valenton. Nombreux sont ceux qui ont accepté l’aide au retour de 300 € avant de revenir en France. D’autres ont pu se réinstaller ailleurs ou dans des projets d’insertion menés par les villes et le conseil général. « La situation évolue sans arrêt mais, au total, les Roms sont moins nombreux qu’en 2010. Certaines familles sont parties dans l’Essonne, précise Michel Fèvre, de Romeurope. La tendance est à l’éclatement avec des familles isolées et cachées à droite, à gauche, moins visibles et qui peuvent mieux s’organiser. » Romeurope recense aujourd’hui au moins 800 Roms dans le Val-de-Marne, dont 440 intégrés dans des projets d’insertion, comme à Choisy-le-Roi, Orly ou Vitry. En un an, les comités de soutien se sont aussi renforcés. « Je veux rester optimiste, insiste Michel Fèvre. Les projets d’insertion ont un effet tremplin qui crée une dynamique. »

"La politique à l’égard des Roms est inefficace et inhumaine"

France24 – 22 juillet 2011

Démanteler les camps illicites et lutter contre la "délinquance" des Roms : tel était l’objectif annoncé par le gouvernement français l’été dernier. Un an après, les associations de défense des Roms affirment que leur situation reste inchangée.
En plein cœur de l’été, il y a un an, le gouvernement de Nicolas Sarkozy annonçait un durcissement de sa politique migratoire à l’encontre des Roms. Après le désormais célèbre discours de Grenoble sur la sécurité, au cours duquel le président français déclarait, le 30 juillet 2010, vouloir "mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms", le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux décrétait une série de mesures destinées à "lutter contre la délinquance des Roms" : démantèlement de 300 camps illégaux en trois mois, reconduite "quasi-immédiate" vers la Roumanie ou la Bulgarie de ceux qui auraient commis des délits.


Un an plus tard, la situation des Roms en France n’a pas changé, à en croire les associations du collectif Romeurope qui travaillent au quotidien, et depuis des années, avec ces populations. "Le gouvernement a fait beaucoup d’annonces mais en réalité, rien n’a changé, affirme Laurent el-Ghozi, président de la Fnasat (Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes). Il y a autant de Roms, autant de campements et autant de difficultés. Cette politique est imbécile, inefficace et inhumaine. Elle vise simplement à stigmatiser les Roms sur une base ethnico-raciale."
"Expulsés, les Roms reviennent presque tous en France"
Arrivés en France au début des années 1990, les Roms, originaires de Roumanie et de Bulgarie, sont environ 15 000 à vivre sur le territoire français. Un nombre stable depuis une dizaine d’années.
Depuis l’été 2010, le démantèlement de leurs campements illégaux s’est poursuivi à un rythme soutenu. En février, Brice Hortefeux affirmait que 70 % des 741 terrains illicites – pas forcément occupés par des Roms - recensés au 30 juillet avaient été évacués, dont 118 sur les 190 d’Ile-de-France. Leur nombre n’a pas pour autant diminué : si un camp disparaît à un endroit, un autre apparaît immédiatement un peu plus loin.
"La conséquence de ces évacuations, c’est que les Roms sont régulièrement en errance, dénonce Michel Fèvre de la Ligue des droits de l’Homme. Tous les efforts d’insertion sont détruits : la scolarisation des enfants, la recherche d’emploi, l’accompagnement associatif… Les familles se retrouvent avec leurs valises et doivent tout recommencer." Côté santé, ces évacuations ont également un coût. Les soins sont interrompus ou prennent du retard. "Lorsqu’une personne qui a la tuberculose doit arrêter son traitement parce qu’elle est expulsée, c’est très grave pour elle bien sûr, mais aussi pour toute une population, relève Michèle Mézard, de Médecins du Monde (MDM). C’est une question de santé publique."
Le nombre d’expulsions du territoire français, qui prennent la forme de rapatriements humanitaires [selon cette procédure instituée en 2006, les étrangers en situation de dénuement se voient donner un billet d’avion et 300 euros pour rentrer dans leur pays, ndlr], est resté constant.
En 2010, près de 10 000 Roms ont été renvoyés dans leur pays, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Là aussi un chiffre relativement stable depuis quelques années. "Les expulsions de Roms représentaient environ 30 % des expulsions d’étrangers avant l’entrée dans l’Union européenne de la Roumanie et de la Bulgarie en 2007, note Damien Nantes, directeur de l’association Hors la rue. Cette proportion n’a pas changé depuis."
Une politique du chiffre qui n’a toutefois pas fait ses preuves : une grande majorité des Roms expulsés, citoyens européens, reviennent rapidement en France.
Les Roms, des citoyens européens de seconde zone
Selon le collectif Romeurope, les "mesures transitoires" mises en place par Paris sont au cœur du problème bien qu’elles soient légales. À la différence des autres ressortissants européens, Roumains et Bulgares doivent disposer d’un permis de séjour et de travail pour pouvoir exercer un emploi en France.
Ces mesures doivent être prolongées au-delà du délai prévu par la Commission européenne – le 31 décembre 2011 -, au motif de "perturbations graves menaçant son marché du travail". Mises en œuvre par 15 pays européens, elles peuvent être supprimées par chaque État à n’importe quel moment. C’est ce qu’a fait par exemple l’Espagne, il y a deux ans. "Il y a environ 6 000 Roms en âge de travailler en France [la moitié des 15 000 Roms sont des enfants, ndlr], c’est une goutte d’eau ! martèle Alexandre Le Cleve, de la Cimade. Ces mesures sont juste un moyen pour laisser ces populations dans la précarité."
Les associations pointent cependant du doigt un élément "positif" : le sursaut citoyen qui a suivi les déclarations du gouvernement, l’été dernier. Ici et là, militants et collectivités territoriales se sont mobilisés pour trouver des solutions d’hébergement plus stables pour les populations roms. À Choisy-le-Roi en région parisienne, 17 familles, qui avaient été expulsées de leur campement, vivent désormais dans des caravanes, sur un terrain mis à leur disposition par la mairie, avec un accès à l’eau et à l’électricité. À Bordeaux, des familles vivant dans des squats ont été relogées et ont obtenu une autorisation provisoire de séjour.
Des initiatives locales qui ne constituent pas une vraie réponse politique. "Ce qu’il faut, c’est abolir les mesures transitoires et autoriser tout le monde à accéder normalement au marché du travail, répète Laurent El-Ghozi. Les Roms doivent être des citoyens européens comme les autres."

Roms : expulsions et destruction de camps n’ont pas diminué leur nombre

AFP – 24 juillet 2011

Autant de campements et de personnes, dans la même précarité : un an après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy demandant une accélération des expulsions de Roms, la situation "n’a pas changé", selon le collectif Romeurope qui réclame l’ouverture du marché du travail à ces ressortissants européens.
"Sur le terrain, rien n’a changé", a déploré Laurent El Ghozi, accusant le chef de l’Etat de "stigmatiser" des populations "sur une base ethno-raciale" pour ensuite mettre en place "des lois qui restreignent les libertés de tout un chacun".
Le 28 juillet 2010, le président avait tenu à l’Elysée une réunion sur les "problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms", après les violences survenues à Saint-Aignan (Loir-et-Cher).
Le 30 juillet, dans un discours musclé sur la sécurité prononcé à Grenoble, il avait demandé au ministre de l’Intérieur de "mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms", "des zones de non-droit qu’on ne peut pas tolérer en France". Objectif fixé : démanteler 300 campements en trois mois.
Il s’en était suivi une circulaire du ministère de l’Intérieur qui avait provoqué la colère de Bruxelles, en ciblant expressément une communauté ethnique dont les membres étaient expulsés collectivement après la destruction de leurs camps. La circulaire a finalement été remplacée.
Selon des chiffres fournis à l’AFP par le ministère de l’Intérieur, 9.300 Roumains et Bulgares ont été expulsés de France en 2009, 9.529 en 2010 et 4.714 au premier trimestre 2011. Les trois quarts des campements illicites ont été démantelés. L’ex-ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, avait évoqué le nombre de 741 camps illicites recensés en juillet 2010.
Pour autant, le nombre des Roms vivant en France reste stable - autour de 15.000 personnes, dont 50% d’enfants, selon les associations qui reprochent au gouvernement d’en faire la "variable d’ajustement" de la lutte contre l’immigration clandestine.
Contre les accusations d’atteinte au droit à la libre circulation dans l’espace Schengen, le gouvernement a affirmé que son action relevait de la lutte contre l’insécurité et les atteintes à l’ordre public, arguant d’une délinquance de nationalité roumaine en très forte hausse.
Pas convaincu, Romeurope estime que "les Roms permettent à l’administration d’atteindre ses objectifs d’expulsion des étrangers".
"On sait que ça ne sert à rien, que les gens reviennent mais on continue malgré le coût humain et financier", a déploré Damien Nantes, de l’association Hors la rue.
Quant aux campements, "ils se reconstituent" mais sont "plus cachés et plus difficiles d’accès aux associations", a-t-il ajouté.
"Les procédures d’expulsion et les intimidations policières ont eu un réel effet sur la précarisation des populations : changement de lieux de vie dans l’urgence, insalubrité et surpopulation des nouveaux squats, perte des effets personnels et des documents officiels, limitation des déplacements, perte des revenus", déplore une étude de Médecins du Monde (MdM).
A une politique "inefficace" et "indigne", Romeurope oppose un cahier de revendications concernant droit au séjour, travail, logement, scolarisation et protection sociale.
Il veut la "levée immédiate" de la période de transition renvoyant à fin 2013 l’ouverture aux Roumains et Bulgares du marché du travail français.


 
Romeurope bénéficie du soutien deIDFetACSE